La GTO est née d’un contournement de règlement interne. En 1963, General Motors interdit à ses divisions la compétition automobile et impose un ratio de dix livres de voiture par pouce cube de cylindrée sur le moteur de série de chaque modèle. John DeLorean, Bill Collins et Russ Gee glissent alors le V8 389 de la gamme full size dans l’intermédiaire Tempest LeMans, non pas comme un modèle nouveau qu’il aurait fallu faire approuver mais comme une simple option à cocher au catalogue. Pontiac visait 5 000 ventes pour 1964. Il s’en est écoulé 32 450.

Cette première génération court sur quatre millésimes et se lit en deux temps. De 1964 à 1965, la GTO reste une option sur la LeMans, sans identifiant propre dans le numéro de série, ce qui pose aujourd’hui la question centrale de l’authenticité. À partir de 1966 elle devient un modèle à part entière, prend sa silhouette dite coke bottle et signe le record de la série avec 96 946 exemplaires. En 1967 le 389 cède la place au 400 et le Tri-Power disparaît. Pour un acheteur français, le choix se joue moins sur le millésime que sur la combinaison moteur, boîte et papiers.
Histoire et contexte
Le nom vient de Ferrari. Gran Turismo Omologato désigne chez le constructeur italien une voiture de grand tourisme homologuée pour la course. Pontiac se l’approprie sans complexe pour une berline intermédiaire de grande série. La provocation est assumée. Elle culmine en mars 1964 avec une couverture de Car and Driver qui oppose la GTO américaine à la 250 GTO italienne. La confrontation n’a en réalité jamais eu lieu sur la piste. La Pontiac de l’essai dissimulait un 421 sous son capot, glissé là par Jim Wangers, l’homme du marketing Pontiac. Il ne l’a reconnu qu’en 1998, dans ses mémoires. L’article a fait beaucoup pour la légende.

Ce que la GTO a changé tient en une phrase : elle a prouvé qu’un gros moteur dans une carrosserie moyenne se vendait à des dizaines de milliers d’exemplaires. Chevrolet répond avec la Chevelle SS 396, Oldsmobile avec la 442, Plymouth avec la GTX, Ford avec la Fairlane GT. Le segment muscle car existe parce que la GTO a fonctionné. Elle a aussi installé un imaginaire durable, entre les kits Royal Bobcat du concessionnaire Royal Pontiac de Detroit et la culture de rue des drag strips du milieu des années soixante. Royal livrait des voitures préparées directement en sortie de concession.
Caractéristiques techniques
| Production | Septembre 1963 à 1967 |
| Millésimes | 1964, 1965, 1966, 1967 |
| Statut | Option sur LeMans en 1964-1965, modèle à part entière en 1966-1967 |
| Plateforme | GM A-body, châssis séparé |
| Architecture | V8 avant longitudinal, propulsion |
| Carrosseries | Coupé deux portes à montant, hardtop sans montant, cabriolet |
| Empattement | 2 921 mm (115 po) |
| Longueur | 5 156 à 5 243 mm (203 à 206,4 po) selon le millésime |
| Largeur | 1 890 mm (74,4 po) en 1966-1967 |
| Poids à vide | 1 560 à 1 610 kg (3 445 à 3 555 lb) selon carrosserie et équipement |
| Production totale | 286 470 exemplaires sur les quatre millésimes |
Le détail par millésime éclaire la carrière commerciale du modèle. Le cabriolet, minoritaire partout, explique une bonne part des écarts de cote actuels.
| Millésime | Production totale | Dont cabriolets |
|---|---|---|
| 1964 | 32 450 | 6 644 |
| 1965 | 75 352 | 11 311 |
| 1966 | 96 946 | 12 798 |
| 1967 | 81 722 | 9 517 |
Motorisations 1964-1966 : le V8 389
Toutes les GTO de 1964 à 1966 reçoivent le V8 389 avec un taux de compression de 10,75 à 1. Les puissances ci-dessous sont exprimées en chevaux SAE bruts, la norme américaine de l’époque, mesurée sans accessoires. Elles ne se comparent pas directement aux chevaux DIN européens.
| Moteur | Cylindrée : L (ci) | Puissance (ch SAE brut) |
|---|---|---|
| 389 quadruple corps, 1964 | 6,4 (389) | 325 à 4 800 tr/min |
| 389 Tri-Power, 1964 | 6,4 (389) | 348 à 4 900 tr/min |
| 389 quadruple corps, 1965-1966 | 6,4 (389) | 335 à 5 000 tr/min |
| 389 Tri-Power, 1965-1966 | 6,4 (389) | 360 à 5 200 tr/min |
Le couple reste l’argument principal : 580 Nm (428 lb-ft) dès 1964, 584 Nm (431 lb-ft) sur le quadruple corps de 1965. Le Tri-Power aligne trois carburateurs Rochester double corps sur un collecteur commun, avec les deux carburateurs extérieurs qui n’entrent en action qu’à forte charge. C’est l’option la plus recherchée aujourd’hui.
Motorisations 1967 : le passage au 400
General Motors interdit les carburations multiples sur ses modèles à partir de 1967, la Corvette exceptée. Le Tri-Power disparaît, le 389 est réalésé à 400 pouces cubes et le nouveau carburateur Quadrajet prend le relais.
| Moteur | Cylindrée : L (ci) | Puissance (ch SAE brut) |
|---|---|---|
| 400 double corps, dit économique | 6,6 (400) | 255 |
| 400 quadruple corps, de série | 6,6 (400) | 335 |
| 400 HO | 6,6 (400) | 360 |
| 400 Ram Air | 6,6 (400) | 360 |

Le 400 de série développe 598 Nm (441 lb-ft) et conserve les 10,75 à 1 de compression. Le HO ajoute un arbre à cames à levée plus haute, des collecteurs d’échappement mieux dessinés et un filtre à air ouvert. Le Ram Air reprend le HO en ouvrant l’écope de capot et en l’accouplant au carburateur. Les 360 chevaux annoncés sur ces deux versions étaient de toute évidence sous-estimés, une pratique courante à l’époque pour ménager les assureurs. La version 255 chevaux, à 8,6 à 1 de compression, était une option sans supplément destinée à faire baisser la prime d’assurance. Elle est aujourd’hui la moins désirable.
Transmissions et équipements
La boîte de série est une manuelle à trois rapports avec levier Hurst. La quatre rapports Muncie, M20 à étagement large ou M21 rapproché, figure en option sur toute la période et reste le choix de référence. Côté automatique, la distinction compte : de 1964 à 1966, c’est une deux rapports Super Turbine 300, souvent confondue avec la Powerglide de Chevrolet alors qu’il s’agit d’une transmission différente. Elle bride nettement le caractère du moteur. En 1967 elle laisse place à la Turbo Hydra-Matic 400 à trois rapports, associée au levier Hurst Dual-Gate qui permet de passer en mode manuel ou de laisser la boîte travailler seule. Le pont autobloquant Safe-T-Track reste optionnel sur toute la génération, avec des rapports allant jusqu’à 4,33 à 1.

Le freinage est le point faible du dossier technique. Les quatre tambours sont de série, des tambours de 292 mm (11,5 po) figurent en option. Les disques avant assistés n’apparaissent qu’en 1967. Une GTO en freinage d’origine réclame de l’anticipation, ce que beaucoup de propriétaires ont corrigé par un kit disques. La direction est à billes, l’assistance en option. La suspension associe des triangles superposés à l’avant et un pont rigide guidé par quatre bras à l’arrière, avec des ressorts et amortisseurs renforcés au titre du paquet GTO. Côté équipements d’époque, la climatisation est disponible dès 1964 avec toutes les motorisations, tout comme les vitres électriques, les sièges baquets, le compte-tours au capot et les jantes Rally I à partir de 1965, remplacées par les Rally II en 1967.
Versions marquantes
La hiérarchie est simple sur cette génération, elle se lit au moteur et à la carrosserie plus qu’aux séries spéciales. Le Tri-Power de 1964 à 1966 constitue le premier palier de désirabilité. Une voiture qui en est équipée d’origine vaut nettement plus qu’une quadruple corps par ailleurs identique.
Au-dessus, deux configurations rares tirent la cote. Le code XS de 1966 reprend le Tri-Power avec l’arbre à cames haute levée dit 744, des ressorts de soupapes renforcés et une écope de capot fonctionnelle. Les 360 chevaux officiels ne bougent pas sur le papier. Personne n’y a jamais cru. En 1967, le 400 Ram Air joue le même rôle et n’a été monté que sur 751 voitures, tous types de carrosseries confondus, ce qui en fait la GTO de première génération la plus chère du marché. Le cabriolet, enfin, ajoute une prime sur tous les millésimes et toutes les motorisations, simplement parce qu’il représentait moins d’un cinquième de la production.
À l’écran et dans la culture
La GTO a eu son tube. Écrit par John Wilkin, alors lycéen, le morceau G.T.O. de Ronny and the Daytonas entre au Billboard Hot 100 le 25 juillet 1964 et grimpe jusqu’à la quatrième place fin septembre, où il reste treize semaines. Rares sont les voitures qui obtiennent un succès pop dans l’année même de leur lancement.
À la télévision, un cabriolet GTO 1966 devient la Monkeemobile de la série The Monkees, retravaillée par le carrossier Dean Jeffries avec un pare-brise en deux parties, des ailes exagérées, un compresseur factice et un parachute de freinage à l’arrière. Le résultat n’a plus grand-chose d’une GTO. Il a mis le nom dans tous les salons américains de la fin des années soixante.

Cote actuelle
Repères relevés sur le marché américain à la mi-2026. La GTO de première génération n’est pas une voiture rare, elle s’est vendue par dizaines de milliers. Cela contient les prix par rapport à des muscle cars produites en plus petit nombre. Un projet roulant à restaurer se traite autour de 20 000 à 30 000 $, soit de l’ordre de 18 000 à 28 000 €. Un hardtop à quadruple corps en bon état de route se situe plutôt entre 40 000 et 55 000 $, environ 37 000 à 51 000 €. Le Tri-Power d’origine change l’échelle : comptez 55 000 à 75 000 $ pour un hardtop bien documenté, soit de l’ordre de 51 000 à 70 000 €. Davantage encore en cabriolet. Le 400 Ram Air de 1967 et les meilleurs cabriolets Tri-Power dépassent régulièrement 85 000 $, avec des voitures de concours qui vont bien au-delà.
Trois facteurs creusent les écarts plus que le millésime lui-même. La boîte quatre rapports ajoute couramment 15 % à la valeur d’une voiture par ailleurs comparable, la climatisation d’origine autant. La présence du document d’usine qui atteste la configuration pèse davantage encore. La tendance de fond reste ferme sur les voitures documentées et à moteur d’origine, plus hésitante sur les exemplaires reconstitués ou à motorisation remplacée, dont l’offre est abondante.
Ces montants s’entendent départ États-Unis. Importée en France, la voiture supporte le transport puis la TVA allégée collection à 5,5 %, sans droits de douane sous réserve du classement en véhicule de collection au sens douanier. L’immatriculation en carte grise collection dispense de francisation et d’homologation, le contrôle technique intervenant ensuite tous les cinq ans pour un véhicule mis en circulation à partir de 1960, ce qui est le cas de toutes les GTO. Le prix rendu France s’écarte donc du tarif américain affiché, sans pour autant sortir de la logique du marché.

Conseils d’achat

Le premier réflexe sur cette génération n’est pas mécanique, il est documentaire. En 1964 et 1965, la GTO n’était qu’une option sur la LeMans et son numéro de série ne porte aucune marque distinctive. Une Tempest ou une LeMans transformée en GTO est indétectable au VIN. Le marché en compte beaucoup. Le seul recours est le document délivré par Pontiac Historical Services, qui restitue la facture d’usine et décode les options d’après le numéro de série, pour environ 75 $. Sur une voiture de 50 000 € annoncée sans ce papier, il y a une décote à négocier ou une voiture à laisser. À partir de 1966 la lecture se simplifie : les deuxième et troisième chiffres du VIN valent 42 sur une vraie GTO. La plaque se trouve sur le montant avant de la porte conducteur.
Vient ensuite la corrosion. Elle est sérieuse sur les A-body de cette période. On regarde les bas de custode derrière les roues arrière, les entourages de pare-brise et de lunette arrière, qui rouillent par l’intérieur sous les joints, les planchers et le fond de coffre. Comme la caisse repose sur un châssis séparé, l’inspection ne s’arrête pas à la tôle apparente : un châssis piqué au niveau des longerons est une reprise lourde et un vrai sujet de sécurité. Une voiture achetée sans passage sur pont est un pari.
Sur la mécanique, deux points reviennent en permanence. Le Tri-Power a longtemps eu une réputation de réglage capricieux. Beaucoup de propriétaires l’ont déposé dans les années soixante-dix pour un simple quadruple corps. L’inverse se pratique aujourd’hui, puisque le triple carburateur fait la valeur. Un ensemble reposé n’est pas un défaut en soi, à condition qu’il soit annoncé et payé comme tel. Le code moteur frappé à l’avant du bloc et la plaque de caisse doivent concorder avec ce que dit le document d’usine. De même, la deux rapports Super Turbine 300 des millésimes 1964 à 1966 a très souvent été remplacée par une automatique à trois rapports plus moderne, ce qui améliore l’agrément et pénalise l’originalité. À vous de décider ce que vous achetez.
La bonne nouvelle vient des pièces. En dehors du châssis, à peu près tout se retrouve en refabrication chez les spécialistes américains, des panneaux de carrosserie aux planchers en passant par les garnitures. L’entretien courant ne pose pas de problème d’approvisionnement, ce qui n’est pas le cas de toutes les américaines des années soixante. Reste que la disponibilité des pièces ne remplace pas une inspection indépendante avant achat, que nous recommandons systématiquement sur une voiture qu’on ne peut pas aller voir soi-même.
Questions fréquentes
Comment vérifier qu’une GTO 1964 ou 1965 est authentique ?
Ces deux millésimes ne portent aucun identifiant GTO dans le numéro de série, puisqu’il s’agissait d’une option sur la Pontiac LeMans. Une LeMans transformée est donc impossible à démasquer par le VIN seul. La seule preuve recevable est le document de Pontiac Historical Services, qui reproduit la facture d’usine à partir du numéro de série. À partir de 1966, la GTO devient un modèle et les deuxième et troisième chiffres du VIN valent 42.
Qu’est-ce que le Tri-Power et pourquoi a-t-il disparu ?
Le Tri-Power est un montage à trois carburateurs Rochester double corps, dont les deux extérieurs ne s’ouvrent qu’à forte charge. Il donne 348 chevaux SAE bruts en 1964, puis 360 en 1965 et 1966. General Motors a interdit les carburations multiples sur ses modèles à partir de 1967, en réservant l’exception à la Corvette. C’est ce qui explique le passage au carburateur Quadrajet unique et au moteur 400.
Combien de GTO 1967 Ram Air ont été construites ?
751, toutes carrosseries confondues, sur les 81 722 GTO du millésime. C’est la configuration la plus chère de la première génération. C’est aussi celle où le risque de reconstitution est le plus élevé. Sans document d’usine, une GTO 1967 présentée comme Ram Air ne se paie pas au prix d’une Ram Air.
Pourquoi l’essai de Car and Driver de mars 1964 est-il contesté ?
La couverture opposait la GTO à la Ferrari 250 GTO. Les deux voitures ne se sont pourtant jamais affrontées sur la piste. Surtout, la Pontiac prêtée à la rédaction avait reçu un V8 421 à la place du 389 de série, à l’initiative de Jim Wangers, du marketing Pontiac. Il ne l’a admis publiquement qu’en 1998. Les chronos publiés à l’époque ne reflètent donc pas ce que délivrait une GTO de série.
Une Pontiac GTO peut-elle obtenir une carte grise de collection ?
Le véhicule doit avoir 30 ans ou plus, ne plus être produit et ne pas avoir subi de modification de ses caractéristiques techniques. L’éligibilité n’est jamais automatique avec l’âge, elle s’apprécie au cas par cas et passe par une attestation de la FFVE. Toutes les GTO de cette génération ayant été mises en circulation après 1960, le contrôle technique reste obligatoire, avec un intervalle de cinq ans entre deux visites.
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