Chrysler : Une vie de travail avant une période de repos

Chrysler a longtemps formé, avec Ford et General Motors, le trio qui dominait l’automobile américaine. La marque ne pèse plus aujourd’hui qu’une fraction de ce qu’elle représentait, réduite à une poignée de modèles, mais son histoire reste celle d’un constructeur qui a marqué le siècle, par son ingénierie, par son style et même par sa contribution au programme spatial américain. Tout commence dans les années 1920, autour d’un homme réputé pour redresser les marques en difficulté, Walter Chrysler.

Les dates clés de l’histoire de Chrysler

  • 1924 : la Chrysler Six, ou B-70, première voiture à porter le nom Chrysler
  • 1925 : création de la Chrysler Corporation
  • 1928 : naissance de Plymouth et DeSoto, rachat de Dodge
  • 1934 : lancement de la Chrysler Airflow
  • 1955 : le style « Forward Look » de Virgil Exner
  • 1960 : la Valiant introduit l’alternateur en série
  • 1979 : une garantie de prêt fédérale sauve Chrysler de la faillite
  • 1987 : rachat d’American Motors et de la marque Jeep
  • 1998 : fusion DaimlerChrysler
  • 2021 : Chrysler devient une marque du groupe Stellantis

Naissance de Chrysler

Au début des années 1920, Walter Chrysler s’était fait une réputation de redresseur de marques en difficulté. Entré chez Buick en 1911, il en prit la direction en 1916 et en fit la division la plus rentable de General Motors, avant de quitter le groupe.

Son talent pour réduire les coûts profita ensuite à d’autres constructeurs. Après Buick, ce fut au tour de Willys-Overland, alors un grand constructeur automobile fragilisé par l’après-guerre, de bénéficier de son intervention pour retrouver sa compétitivité.

Chrysler B-70 berline, premier modèle de la marque

Walter Chrysler prit ensuite la tête de la Maxwell Motor Company, elle aussi en manque d’investissement et de clientèle dans une industrie très concurrentielle. Malgré de lourdes dettes, il mit ses connaissances mécaniques au service du premier modèle vraiment ambitieux de la marque, la B-70 de 1924.

Cette voiture fit l’admiration de la presse spécialisée pour son ingénierie. Son six-cylindres, d’abord appelé « Chrysler 6 », recevait un filtre à air et un filtre à huile, ainsi qu’une compression élevée qui lui assurait de bonnes performances. La B-70 adoptait surtout un freinage hydraulique sur les quatre roues, encore rare et précieux à une époque où beaucoup de voitures n’en étaient pas équipées.

Chrysler Six B-70 de 1924

Après le succès de ce premier véhicule, la Maxwell Motor Company fut réorganisée autour de Walter Chrysler. Le nom Maxwell laissa place à Chrysler, qui devint le nom officiel de la marque à partir de 1925.

De la marque Chrysler au groupe Chrysler

Porté par la réussite de la B-70, le constructeur élargit rapidement sa gamme. En 1928, il créa deux nouvelles marques pour couvrir l’ensemble des segments.

La première, Plymouth, occupa le bas de l’échelle. Animées par des moteurs quatre cylindres, ses voitures visaient une clientèle large et n’affichaient pas le niveau de finition des modèles vendus sous le nom Chrysler, qui coiffaient la gamme.

DeSoto, également lancée en 1928, se plaça entre Plymouth et Chrysler. Elle visait des marques comme Oldsmobile, Hudson ou Buick, l’ancienne maison de Walter Chrysler. Avec un mélange de quatre et six cylindres, elle toucha une clientèle étendue et dépassa 80 000 exemplaires dès sa première année.

Enfin, Dodge fut rachetée par Chrysler en 1928 et intégrée au groupe. Déjà solidement implantée, la marque put poursuivre la production de ses modèles, qui reçurent ensuite l’accès aux innovations techniques de Chrysler.

Chrysler à la pointe de l’esthétique automobile

Dans les années 1930, l’esthétique automobile entra dans une transformation profonde. Jusque-là, la plupart des voitures de grande série partageaient une silhouette carrée et lourde. Sous l’influence des progrès de l’aérodynamique, venus notamment de l’aéronautique, les carrosseries adoptèrent des formes plus galbées.

Pour mener cette transformation, Chrysler fut l’une des premières marques à se doter d’une soufflerie dédiée à l’étude des automobiles. Cet investissement déboucha sur l’Airflow, lancée en 1934 et déclinée sous les marques Chrysler et DeSoto. Mais la combinaison de la Grande Dépression et d’un style jugé trop radical par la clientèle se traduisit par un échec commercial.

Chrysler Airflow, pionnière du style aérodynamique

Durant les années 1930 et 1940, le groupe fut largement sauvé par Plymouth, l’une des rares marques à voir ses ventes progresser pendant cette période économique difficile.

Au fil du temps, le public américain devint plus réceptif au changement. En 1955, le styliste Virgil Exner dévoila une nouvelle direction esthétique baptisée Forward Look. Là où l’Airflow avait été rejetée, le Forward Look séduisit immédiatement. Appliqué à l’ensemble des marques du groupe pour le millésime 1955, puis accentué en 1957, il donna même aux modèles les plus abordables une allure moderne et valorisante. Les ventes du groupe connurent alors un net rebond. Cette période vit aussi naître la Chrysler 300, lancée en 1955, première d’une lignée de coupés puissants restés très recherchés des collectionneurs.

Chrysler Imperial au style Forward Look

Les Chrysler des années 1950, la 300 en tête, comptent parmi les américaines de collection les plus recherchées. Découvrez les Chrysler de collection disponibles.

Chrysler dans l’effort militaire et spatial américain

Au cours du siècle dernier, plusieurs événements majeurs ont conduit le gouvernement américain à mobiliser les entreprises capables de produire en masse. Durant la Seconde Guerre mondiale, des usines du monde entier furent ainsi reconverties vers la production militaire.

Dans le cas de Chrysler, l’usine de Lynch Road, à Detroit, fut mobilisée pour fabriquer des équipements de diffusion gazeuse destinés au programme d’enrichissement de l’uranium du Projet Manhattan. Ce travail contribua à la mise au point des premières armes atomiques, à la fin de la guerre.

Cette collaboration avec le gouvernement ne s’arrêta pas là. Après la guerre, Chrysler participa au programme de missiles guidés de l’armée américaine et devint notamment le maître d’œuvre du missile Redstone.

Dans les années 1960, fort de cette expérience en propulsion, Chrysler prit part à la course à l’espace. L’entreprise construisit le premier étage des fusées Saturn I et Saturn IB, qui servirent au programme spatial américain, dont les missions Apollo.

Fusée Saturn IB, dont Chrysler a construit le premier étage

Le ralentissement de Chrysler dès les années 1960

Le lancement du Forward Look passé, les programmes militaires et spatiaux mobilisèrent une large part des ressources de Chrysler. Dès le début des années 1960, la marque se reposa de plus en plus sur la réussite de ses autres enseignes.

Plymouth Valiant, qui introduisit l’alternateur en 1960

La dernière grande contribution de Chrysler à la technique automobile fut la Valiant. Cette compacte, là encore vendue sous une autre marque, introduisit en 1960 une nouvelle conception du circuit électrique. Jusqu’alors, les voitures produisaient leur courant au moyen d’une dynamo. La Valiant généralisa l’alternateur, plus efficace, en particulier à bas régime, ce qui explique qu’il équipe encore les voitures aujourd’hui.

Chrysler Turbine Car, prototype à moteur à turbine

À force de travailler sur des projets expérimentaux, Chrysler poussa loin sa fascination pour l’innovation. Des années 1950 aux années 1970, la marque consacra des efforts considérables aux voitures à turbine, dont la fameuse Turbine Car de 1963, confiée à des conducteurs ordinaires pour des essais grandeur nature. Le projet n’aboutit jamais à une production de série.

Vinrent ensuite des années difficiles pour l’automobile américaine, marquées par la hausse du prix du pétrole et de nouvelles normes antipollution. Les voitures haut de gamme comme celles de Chrysler trouvèrent moins facilement leur place, et la marque vit sa production reculer.

De la quasi-faillite au groupe Stellantis

À la fin des années 1970, Chrysler frôla la faillite. Le groupe ne dut sa survie qu’à une garantie de prêt accordée par le gouvernement fédéral en 1979. Sous la direction de Lee Iacocca, l’entreprise se redressa avec des modèles plus sobres, puis avec le monospace lancé en 1984, un succès considérable qui devint l’un des piliers du groupe.

En 1987, Chrysler racheta American Motors, une opération qui fit entrer la marque Jeep dans son portefeuille. Suivirent plusieurs rapprochements : la fusion avec l’allemand Daimler en 1998, le retrait de ce dernier en 2007, puis la montée de Fiat à partir de 2009, qui aboutit en 2014 à la création de Fiat Chrysler Automobiles. Depuis 2021, Chrysler est l’une des marques du groupe Stellantis.

La marque Chrysler ne pèse plus aujourd’hui qu’une faible part des ventes du groupe, loin derrière Jeep ou Ram. Son histoire reste pourtant celle d’un constructeur qui a marqué l’automobile américaine, par son ingénierie comme par son style.

Questions fréquentes sur l’histoire de Chrysler

Qui a fondé Chrysler ?

Walter Chrysler, en 1925, à partir de la Maxwell Motor Company qu’il avait redressée. Il s’était déjà fait connaître en dirigeant Buick au sein de General Motors.

Quelle est la première voiture Chrysler ?

La Chrysler Six, ou B-70, lancée en 1924. Elle se distinguait par son six-cylindres à compression élevée et son freinage hydraulique sur les quatre roues.

Quelles marques ont appartenu au groupe Chrysler ?

Outre Chrysler, le groupe a créé Plymouth et DeSoto en 1928 et racheté Dodge la même année. Il a aussi possédé Imperial, puis Jeep, entrée dans le giron du groupe avec le rachat d’American Motors en 1987.

Qu’est-ce que le « Forward Look » ?

La direction esthétique dévoilée par Virgil Exner en 1955, appliquée à toutes les marques du groupe. Spectaculaire, elle relança les ventes après l’échec de l’Airflow.

À qui appartient Chrysler aujourd’hui ?

Chrysler est une marque du groupe Stellantis, né en 2021 du rapprochement de Fiat Chrysler Automobiles et du groupe PSA.

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