Plymouth a longtemps occupé une place singulière dans l’automobile américaine : celle de la marque populaire qui a porté Chrysler sur le marché de masse, avant de devenir, le temps de quelques modèles, une référence de la voiture de sport accessible. Créée par Chrysler en 1928 pour concurrencer Ford et Chevrolet, elle a traversé la Grande Dépression, l’âge d’or des muscle cars et un long déclin, jusqu’à sa disparition en 2001, après 73 ans d’existence.
Les dates clés de l’histoire de Plymouth
- 1928 : création de Plymouth, marque à bas prix du groupe Chrysler, et lancement de la Model Q
- 1933 : adoption d’un moteur six-cylindres en ligne avec la Plymouth PC
- 1939 : plus de 417 000 voitures produites, Plymouth dans le trio des marques à bas prix
- 1957 : apogée du style Forward Look de Virgil Exner
- 1964 : lancement de la Barracuda
- 1970 : la Superbird en NASCAR avec Richard Petty
- 1981 : la Reliant, début de l’ère K-car et du rapprochement avec Dodge
- 2001 : disparition de la marque Plymouth
La naissance de Plymouth

La marque Plymouth est née de la volonté de Chrysler de proposer une voiture bas de gamme face à Ford et Chevrolet. Pour ne pas écorner la réputation du nom Chrysler, le groupe créa une marque distincte, qui débuta avec la Plymouth Model Q.
Cette première voiture portait le logo du Mayflower, le navire qui amena les Pères pèlerins en Amérique en 1620. Elle reposait sur une base héritée de Maxwell Motor, le constructeur absorbé par Chrysler en 1925. Vue de l’extérieur, la Plymouth ressemblait beaucoup à ses cousines Chrysler les plus abordables, au logo près. La vraie différence se trouvait sous le capot : la Model Q se contentait d’un quatre-cylindres de 2,8 litres développant 45 chevaux.

Comme beaucoup de voitures de l’époque, la Model Q se déclinait en plusieurs carrosseries : roadster, berline, coupé, DeLuxe Coupé ou Touring. Cette diversité, associée à un prix attractif, permit d’en écouler plus de 60 000 exemplaires dès les débuts de la marque.
La Grande Dépression : Plymouth sauve le groupe Chrysler
Au début des années 1930, les États-Unis s’enfoncèrent dans la Grande Dépression, une crise économique qui frappa durement l’industrie automobile. Les marques positionnées sur le haut de gamme souffrirent particulièrement : avec des moyens réduits, les acheteurs renonçaient aux voitures au tarif d’une Chrysler. La gamme Plymouth, plus abordable, devint alors l’atout du groupe. Pour élargir sa diffusion, Plymouth fut vendue à travers les réseaux de concessionnaires de Chrysler, Dodge et DeSoto, ce qui démultiplia sa présence sur le marché.
En 1933, Chrysler renforça Plymouth face à Ford et Chevrolet en l’équipant d’un six-cylindres tout en conservant un prix serré. Ainsi naquit la Plymouth PC, dotée d’un six-cylindres en ligne de 3,1 litres conçu par Chrysler, qui reprit le nom de « Plymouth Six ».
À la fin des années 1930, la réputation de Plymouth dépassait les frontières américaines. Ses modèles se vendaient dans plusieurs pays, du Danemark au Royaume-Uni jusqu’en Australie. Cette diffusion internationale lui permit de produire plus de 417 000 voitures en 1939 et de s’installer durablement dans le trio de tête du marché américain, aux côtés de Ford et Chevrolet. On désignait souvent ces trois constructeurs comme les « low-priced three », les trois marques à bas prix.

Plymouth durant la Seconde Guerre mondiale
La guerre éclata en Europe en 1939, mais ses effets ne se firent sentir aux États-Unis que plus tard. Comme l’ensemble de l’industrie automobile américaine, Plymouth interrompit la production de voitures civiles en 1942. Son usine de l’Indiana, à Evansville, fut reconvertie en arsenal et produisit des munitions, tandis que les autres capacités du groupe étaient mobilisées pour l’effort de guerre.
Le groupe disposait aussi d’une usine à Detroit, à Lynch Road. Durant le conflit, Chrysler y participa au Projet Manhattan en fabriquant des diffuseurs destinés à l’usine K-25 d’Oak Ridge, où l’uranium était enrichi par diffusion gazeuse. Ce procédé contribua à la mise au point des premières armes atomiques.
Des concepts Plymouth inspirés de l’aéronautique
À la sortie de la guerre, l’objectif de Chrysler, et donc de Plymouth, était l’innovation. Les ingénieurs qui avaient travaillé pour l’effort de guerre reprirent leurs projets civils avec un nouvel état d’esprit.

Les années 1950 virent ainsi naître des concepts ambitieux, dont les voitures à turbine de Chrysler. Ces moteurs, proches des turbines développées pour l’aviation, ne fonctionnaient pas avec des pistons : ils tiraient leur puissance d’un flux d’air et de carburant comprimé entraînant une turbine. Pour les tester sur route, Chrysler utilisa des châssis Plymouth. Le premier prototype public marquant fut une Plymouth Belvedere à turbine, dévoilée en 1954. En 1956, Chrysler poursuivit ses essais avec une autre Plymouth à turbine, qui traversa les États-Unis de New York à Los Angeles, démonstration technique autant que coup de communication. Le constructeur présentait ce moteur comme plus léger d’environ 90 kg qu’un bloc classique.

Ces moteurs présentaient de réels atouts : peu de pièces mobiles, une bonne longévité et la capacité de brûler des carburants variés, jusqu’à l’alcool du commerce. Mais leur coût de fabrication, très élevé, les rendait inadaptés à la production de masse, et ils ne se généralisèrent jamais.
Un nouveau style de Plymouth pour les années 1950
Après la guerre, Plymouth resta longtemps fidèle à un style assez conservateur, qui contrastait avec l’audace croissante de certains concurrents. Le designer Virgil Exner lui donna une nouvelle direction, baptisée « Forward Look », un style tourné vers l’avenir. Marqué par de longs ailerons et des profils tendus, il fut adopté par Plymouth à partir de 1955 et atteignit son apogée en 1957 sur des modèles comme la Belvedere et la Fury.
L’âge d’or sportif de Plymouth

Au cours des années 1960, Plymouth vit le marché américain évoluer. De plus en plus de constructeurs lançaient des voitures sportives accessibles. Plymouth répondit avec la Barracuda, dévoilée en 1964. Présentée quelques semaines seulement avant la Ford Mustang, cette compacte sportive ouvrit la voie à une série de modèles qui effacèrent peu à peu l’image bas de gamme de la marque. C’est aussi dans cette période que Plymouth affirma son image sportive, avec la GTX lancée en 1967 sur base Belvedere, puis avec les versions les plus musclées de la Barracuda, jusqu’à la fameuse « Cuda ».


En 1970, Plymouth engagea en NASCAR l’une des voitures les plus emblématiques de son histoire. Associée au célèbre Richard Petty et à son numéro 43, la Superbird marqua immédiatement les esprits. Sa silhouette d’« aero car » n’était pas un simple exercice de style : la pointe avant améliorait la pénétration dans l’air, tandis que l’immense aileron arrière apportait la stabilité nécessaire aux très hautes vitesses atteintes sur les ovales. Dès 1971, un changement de règlement de la NASCAR limita fortement l’intérêt de ces voitures profilées et mit fin à leur brève carrière.
Pour homologuer le modèle en compétition, Plymouth produisit des Superbird de série à l’usine de Lynch Road, à Detroit, les chiffres généralement cités variant autour de 1 920 à 1 935 exemplaires. Dérivée de la Road Runner, la Superbird en reprenait le klaxon, qui imitait le cri du personnage de dessin animé du même nom.
Sous son long capot lisse, la Superbird pouvait recevoir le V8 Hemi de 7 litres et 425 chevaux. Ainsi motorisée, elle offrait des accélérations parmi les plus fortes de son époque, et ses versions de course dépassaient les 300 km/h sur les grands ovales.
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Une fin brutale pour les Plymouth sportives
Cette période s’acheva au début des années 1970, sous l’effet combiné des normes antipollution, de la hausse des primes d’assurance, de la crise pétrolière et d’un marché devenu moins favorable aux gros V8.
À partir de la fin des années 1970, Plymouth perdit progressivement ce qui faisait sa singularité. La Reliant de 1981, jumelle de la Dodge Aries, inaugura l’ère des K-cars et permit à Chrysler de se relancer, mais elle illustrait aussi le rapprochement croissant entre les marques du groupe. Dans les années 1990, malgré quelques modèles marquants comme le Voyager, la Neon ou le Prowler, Plymouth apparaissait de plus en plus comme une marque d’entrée de gamme sans territoire clairement distinct de Dodge et Chrysler.
Faute d’une identité propre et après plusieurs années de résultats décevants, le nom Plymouth disparut en 2001.
Plymouth au cinéma

Produite sous diverses formes de 1956 à 1978, la Plymouth Fury fut l’un des noms importants de la marque. C’est pourtant le cinéma qui a rendu une version précise universellement connue : la Fury de 1958 de « Christine ». Ce film de 1983, adapté d’un roman de Stephen King, met en scène une Plymouth Fury animée d’une volonté propre et hostile.
L’histoire suit Arnie Cunningham, un lycéen timide qui achète la voiture et voit peu à peu sa personnalité changer sous son influence. Les puristes rappellent que la Fury de 1958 n’était à l’origine pas proposée dans cette livrée rouge et blanche, mais le cinéma a depuis imposé cette image comme la Plymouth la plus connue du grand public.
Questions fréquentes sur l’histoire de Plymouth
Quand la marque Plymouth a-t-elle été créée ?
En 1928, par Chrysler, qui voulait une marque à bas prix capable de concurrencer Ford et Chevrolet.
Quelle est la première voiture Plymouth ?
La Model Q, lancée en 1928. Vendue en plusieurs carrosseries, elle dépassa 60 000 exemplaires dès les débuts de la marque.
Pourquoi Plymouth a-t-elle disparu ?
À partir des années 1980 et 1990, Plymouth a progressivement perdu son identité propre, avec une gamme qui recoupait de plus en plus celle de Dodge et de Chrysler. Face à la baisse des ventes, DaimlerChrysler a supprimé la marque en 2001.
Quelle Plymouth apparaît dans le film « Christine » ?
Une Plymouth Fury de 1958, qui tient le rôle-titre de ce film de 1983 adapté d’un roman de Stephen King.
Qu’est-ce que la Plymouth Superbird ?
Une voiture de 1970 conçue pour la NASCAR, reconnaissable à sa pointe avant et à son immense aileron. Pilotée par Richard Petty, elle pouvait recevoir le V8 Hemi de 7 litres.
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