Histoire de Ford

Des vainqueurs des 24 Heures du Mans aux SUV qui remplissent aujourd’hui les concessions, Ford traverse plus d’un siècle d’industrie automobile. Difficile d’imaginer ce géant à ses débuts, en 1903, quand l’automobile restait une industrie jeune et fragmentée, partagée entre une multitude de petits constructeurs. De la Model T qui a motorisé l’Amérique à la GT40 qui a fait tomber Ferrari au Mans, l’histoire de la marque à l’ovale bleu se confond avec celle de la production de masse. Si Ford reste d’abord associé à l’Amérique, son histoire s’est très tôt écrite des deux côtés de l’Atlantique, entre voitures populaires, modèles sportifs et ambitions mondiales.

Les dates clés de l’histoire de Ford

  • 1903 : fondation de la Ford Motor Company
  • 1908 : lancement de la Model T
  • 1913 : mise en service de la chaîne de montage mobile à Highland Park
  • 1914 : instauration de la journée de travail à cinq dollars
  • 1922 : rachat de Lincoln
  • 1927 : fin de la Model T, après plus de 15 millions d’exemplaires
  • 1932 : lancement du V8 à bloc unique, le « flathead »
  • 1938 : création de la marque Mercury
  • 1964 : lancement de la Mustang
  • 1966 : première victoire de la Ford GT40 aux 24 Heures du Mans
  • 1976 : lancement de la Fiesta

Les débuts de l’ovale bleu

Au début du XXe siècle, l’automobile reste une industrie jeune et fragmentée, dominée par de nombreux petits constructeurs et des méthodes largement artisanales. C’est dans ce paysage qu’apparaît la Ford Motor Company, fondée en 1903.

La première voiture sortie de l’usine d’Henry Ford fut la Model A, vendue pour la première fois en juillet 1903. Cette automobile des débuts, forte de 8 chevaux tirés d’un petit moteur deux cylindres et tenant plus de la calèche que des voitures actuelles, était assemblée à Detroit, dans le Michigan, à l’usine de Mack Avenue.

La Model T et le fordisme

Il fallut attendre 1908 pour voir apparaître le modèle qui allait réellement définir Ford aux yeux du grand public : la Model T. Avant elle, plusieurs éditions s’étaient succédé rapidement. La Model K de 1906 en est un bon exemple, avec son moteur six cylindres, une architecture que Ford ne remettra vraiment en avant dans sa gamme américaine qu’en 1941.

Ford Model T configurée en utilitaire

De 1908 à 1927, la gamme Ford fut presque entièrement organisée autour d’un modèle central, la Model T. Elle fut déclinée en plusieurs carrosseries, du coupé au roadster en passant par le pick-up. Cette diversité sur un châssis unique lui permit de toucher l’ensemble du marché et de se vendre à plus de 15 millions d’exemplaires.

C’est aussi ce châssis commun qui rendit possible la production en grande série. En 1913, Ford mit en service la première chaîne de montage mobile à son usine de Highland Park, réduisant fortement le temps d’assemblage d’une voiture. L’année suivante, la firme instaura la journée de travail à cinq dollars, salaire élevé pour l’époque qui stabilisa la main-d’œuvre et fixa les principes de ce qu’on appellera le fordisme. En 1923, au sommet de cette mécanique, un véhicule américain sur deux sortait des usines Ford.

Ford ne s’arrête pas pendant la Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, Ford maintint une partie de son activité automobile tout en participant à l’effort allié. La production de la Model T se poursuivit, tandis que la firme fabriquait des ambulances dérivées de la Model T, des moteurs d’avion Liberty et des bateaux anti-sous-marins de type Eagle. Elle travailla même au développement du char léger Ford 3-Ton M1918.

Ford : une puissance dominante de l’après-Première Guerre

Ford Model A, remplaçante de la Model T à partir de 1928

Au sortir de la guerre, Ford s’imposa comme une force dominante de la production automobile. La marque avait amorcé son implantation européenne dès 1911 avec l’usine de Manchester, et multiplia les sites d’assemblage sur le continent durant les années 1910 et 1920, avant d’ouvrir l’usine de Cologne en 1931.

À la fin du règne de la Model T, Ford lui donna pour héritière une nouvelle Model A, dont le nom revenait ainsi à son point de départ. Présentée fin 1927 comme modèle 1928, elle rencontra elle aussi un grand succès. Sa suspension et son moteur étaient nettement plus modernes que ceux de la Model T qui, après vingt ans de carrière, accusait son âge.

Usine Ford de Dagenham, en Angleterre

Le succès de cette Model A permit à Ford d’engager un développement de grande ampleur. En 1931, l’usine de Dagenham, en Angleterre, devint l’un des grands centres industriels de Ford en Europe. Pour s’adapter à la fiscalité britannique, qui taxait les voitures selon la cylindrée, Ford proposa outre-Manche une version spécifique de la Model A, souvent désignée Model AF, équipée d’un moteur réduit à environ 2 litres, contre 3,3 litres pour les versions américaines.

L’expansion ne se limita pas aux usines. Ford élargit aussi son portefeuille de marques. Lincoln fut rachetée en 1922, alors que ce constructeur de luxe traversait de graves difficultés financières. Mercury relève d’une autre logique : il ne s’agit pas d’un rachat mais d’une création. Ford lança cette marque en 1938, commercialisée à partir de 1939, pour combler l’écart de gamme entre les Ford populaires et les Lincoln de luxe.

En 1932, Ford frappa fort avec le V8 à bloc unique, le fameux « flathead ». Pour la première fois, un huit cylindres devenait accessible au grand public. Ce moteur allait alimenter des décennies de préparation mécanique et devenir une pièce centrale de la culture hot rod américaine.

Ford pendant la Seconde Guerre mondiale

Pour tenir son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale, Ford cessa toute production de véhicules civils au début de l’année 1942. Les usines continuèrent de tourner pour fournir du matériel militaire aux États-Unis. L’effort le plus marquant fut celui de Willow Run, une usine bâtie par Ford pour assembler le bombardier B-24 Liberator.

Une reprise d’après-guerre difficile pour Ford

Ford Skyliner customisée des années 1950

Les premières années de l’après-guerre furent difficiles. Comme d’autres constructeurs américains, Ford reprit d’abord des bases d’avant-guerre, modernisées par touches successives. Les woodies, déjà présents avant le conflit, restèrent un temps au catalogue avec leurs panneaux latéraux en bois caractéristiques. Leur fabrication demeurait toutefois complexe et coûteuse, car elle reposait sur un important travail manuel.

La conception de modèles réellement nouveaux reprit à partir de 1949. La première vraie nouveauté de la gamme depuis plus de cinq ans fut la Ford Custom, une berline équipée soit d’un V8 de près de 4 litres, soit d’un six cylindres en ligne de 3,6 litres.

En 1950, la gamme évolua avec plusieurs niveaux de finition, dont Custom et Custom DeLuxe, et des carrosseries variées : berline, coupé, break et cabriolet selon les versions.

L’expansion des gammes

Au milieu des années 1950, Ford créa la division Continental, placée au-dessus de Lincoln et dédiée au très haut de gamme. Son modèle emblématique, la Continental Mark II, ne fut produite que pour les millésimes 1956 et 1957. Cette division spéciale fut de courte durée : à la fin des années 1950, Continental fut réintégrée à l’univers Lincoln, et les modèles les plus luxueux du groupe restèrent rattachés à l’ensemble Lincoln-Mercury.

Vers la fin des années 1950, le nombre de modèles issus de la Ford Motor Company explosa. Le début de la décennie avait été dominé par des déclinaisons de la Ford pleine grandeur, comme la Crown Victoria et la Mainline. En 1955, Ford lança la Thunderbird, un biplace conçu pour répondre à la Chevrolet Corvette. Animée par un V8, elle devint vite l’un des modèles les plus prisés de la marque.

Une présence majeure en sport automobile dans les années 1960

Au milieu des années 1960, après l’échec de son projet de rachat de Ferrari, Ford voulut à tout prix briser la domination de la marque italienne aux 24 Heures du Mans. De ce programme naquit une voiture devenue légende, la Ford GT40, fruit d’un projet transatlantique mêlant inspiration européenne, développement anglo-américain et un gros V8 Ford. L’objectif fut atteint dès 1966, avec une victoire au circuit de La Sarthe qui mit fin à la série de Ferrari. Ce ne fut pas la seule réussite sportive de l’ovale bleu durant la décennie, puisque la GT40 s’imposa de nouveau au Mans en 1967, 1968 et 1969.

Ford GT40 aux couleurs Gulf, vainqueur des 24 Heures du Mans 1968

La passion pour la compétition est antérieure au projet GT40, avec des engagements en catégorie tourisme en Europe. L’usine européenne de Ford, à Dagenham, prépara plusieurs modèles, dont la Galaxie et la Cortina, pour courir dans le championnat britannique des voitures de tourisme. Jim Clark fut le pilote phare de Ford dans cette discipline. Selon les circuits, il courut en 1963 au volant d’une Ford Cortina GT ou d’une Ford Galaxie, avant de bénéficier du rapprochement entre Ford et Lotus. La Lotus Cortina, lancée en 1963, lui permit de remporter le championnat britannique des voitures de tourisme en 1964.

Ford Mustang de 1965

Cet état d’esprit sportif gagna aussi la route avec la Ford Mustang, présentée en avril 1964. Pensée comme une voiture jeune, accessible et personnalisable, elle reposait sur une base technique relativement simple. Son style et ses versions sportives allaient rapidement l’installer au cœur de la culture automobile américaine.

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Les normes de sécurité et de pollution des années 1970

Comme tous les grands constructeurs américains, Ford dut composer dans les années 1970 avec un changement brutal de contexte : normes antipollution plus strictes, choc pétrolier, assurances plus coûteuses et nouvelles exigences de sécurité, comme les pare-chocs capables d’absorber les chocs à basse vitesse imposés dès le début de la décennie. Les puissances diminuèrent, les moteurs furent bridés, et les voitures américaines perdirent une partie de leur insouciance mécanique.

Ford Fiesta Mk1, lancée en 1976

C’est dans ce contexte que Ford lança la Fiesta en 1976. Pensée d’abord pour le marché européen, dans la catégorie des petites voitures modernes alors dominée par des modèles comme la Renault 5, la Fiat 127 ou la Volkswagen Polo, cette citadine à traction avant fut aussi exportée aux États-Unis à la fin des années 1970.

Sur le plan du style, les voitures américaines de la décennie affichaient des silhouettes massives et anguleuses. Ford prit ensuite le virage de l’aérodynamique dans les années 1980, avec des modèles comme la Thunderbird de 1983 ou la Taurus de 1986.

Ford, de constructeur populaire à groupe mondial

Dans les décennies qui suivirent la victoire au Mans, la Ford Motor Company devint une véritable superpuissance industrielle. En 1979, le constructeur américain prit une participation de 25 % dans Mazda, part qu’il portera plus tard à un tiers du capital. Le groupe élargit ensuite son portefeuille de marques de prestige : Aston Martin à partir de 1987, Jaguar en 1989, puis Volvo en 1999 et Land Rover en 2000.

Depuis, presque toutes ces marques ont quitté le groupe. Aston Martin, Jaguar, Land Rover et Volvo ont été revendues, Mazda est redevenu indépendant, et Mercury a été supprimée en 2010. Aujourd’hui, Lincoln est la seule marque historique conservée aux côtés de Ford.

Questions fréquentes sur l’histoire de Ford

Quelle est la première voiture Ford ?

La Ford Model A de 1903, à ne pas confondre avec la Model A de 1928. Forte de 8 chevaux et d’un moteur deux cylindres, elle était assemblée à Detroit et fut vendue pour la première fois en juillet 1903.

Combien de Model T ont été produites ?

Plus de 15 millions d’exemplaires entre 1908 et 1927. Le chiffre exact varie selon les sources et le périmètre retenu, mais la Model T est restée pendant des décennies la voiture la plus produite de l’histoire.

Pourquoi parle-t-on de « fordisme » ?

Le terme renvoie au système de production mis au point par Ford : la chaîne de montage mobile, introduite en 1913, et la journée à cinq dollars, instaurée en 1914. L’idée associait production de masse, baisse des coûts et salaires élevés pour fidéliser les ouvriers.

En quelle année la Ford GT40 a-t-elle battu Ferrari au Mans ?

En 1966. La GT40 mit fin à la domination de Ferrari aux 24 Heures du Mans, puis confirma avec trois autres victoires consécutives, en 1967, 1968 et 1969.

Quelles marques ont appartenu à Ford ?

Outre Ford, le groupe a possédé Lincoln, Mercury, Aston Martin, Jaguar, Land Rover et Volvo, et a détenu une participation dans Mazda. La plupart ont depuis été revendues ou abandonnées. Lincoln est aujourd’hui la seule marque que Ford conserve à ses côtés.

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