L’histoire de Ferrari ne commence pas avec les supercars rouges devenues des icônes. Elle naît dans les paddocks italiens des années 1920, autour d’un homme, Enzo Ferrari, et d’une idée simple à formuler mais difficile à tenir : financer la course par la vente de voitures toujours plus performantes. De la Scuderia fondée en 1929 à la F40 de 1987, la marque s’est construite sur un équilibre fragile entre compétition, prestige et survie industrielle. C’est cette tension qui explique pourquoi les Ferrari des premières décennies atteignent aujourd’hui les sommets de la cote sur le marché de la collection.
Les dates clés de l’histoire de Ferrari
- 1929 : fondation de la Scuderia Ferrari, écurie de course engageant des Alfa Romeo
- 1939 : création d’Auto Avio Costruzioni
- 1940 : Auto Avio Costruzioni Tipo 815, premier véhicule construit par Enzo Ferrari
- 1947 : Ferrari 125 S, première voiture à porter le nom Ferrari
- 1949 : 166 Inter et première victoire de Ferrari aux 24 Heures du Mans avec la 166 MM
- 1956 : mort d’Alfredo « Dino » Ferrari
- 1962-1964 : production de la 250 GTO
- 1969 : Fiat entre au capital de Ferrari à hauteur de 50 %
- 1973 : début de production de la 365 GT4 BB
- 1984 : lancement de la 288 GTO
- 1987 : lancement de la F40
- 1988 : mort d’Enzo Ferrari, Fiat porte sa participation à 90 %
Les origines de Ferrari : la fin d’une carrière de pilote

Après avoir débuté en compétition au début des années 1920, Enzo Ferrari se rapprocha d’Alfa Romeo, marque avec laquelle il allait construire une grande partie de sa première carrière automobile. Il remporta plusieurs épreuves, sans jamais devenir l’un des tout premiers pilotes de sa génération. La mort d’Antonio Ascari au Grand Prix de France 1925, puis l’évolution de sa vie personnelle et de ses ambitions, contribuèrent peu à peu à l’éloigner du volant. Ferrari finit par renoncer à la conduite pour se consacrer à la direction de sa propre équipe de course.
La Scuderia Ferrari fut fondée en 1929 comme écurie de course, destinée à engager et préparer des Alfa Romeo en compétition. Elle ne construisait pas encore de voitures portant le nom Ferrari. La collaboration dura jusqu’en 1938, au moment où Alfa Romeo décida de reprendre la main sur ses modèles de compétition. La Scuderia devint alors Alfa Corse, rattachée directement à Alfa Romeo.
Après un désaccord avec Alfa, Enzo fut écarté de la direction de l’entreprise et lança encore une nouvelle structure. Durant les quatre années qui suivirent son départ d’Alfa Corse, une clause lui interdisait d’utiliser son nom de famille en sport automobile. Il baptisa donc son nouveau projet Auto Avio Costruzioni.
Avec cette entreprise, Enzo Ferrari put enfin construire ses propres voitures, et en 1940, c’est ce qu’il fit. Son premier modèle fut la Auto Avio Costruzioni Tipo 815. Cette voiture, engagée aux Mille Miglia en 1940, fut bâtie sur un châssis de Fiat 508 C Balilla modifié pour accueillir un moteur plus gros. Son moteur huit cylindres de 1,5 litre était dérivé de deux blocs Fiat 508 C, profondément retravaillés pour obtenir environ 75 ch, accouplés à une boîte Fiat à quatre rapports.
125 S : la première Ferrari
On confond souvent la Scuderia Ferrari et Ferrari constructeur. La première naît en 1929 comme écurie de course. La seconde commence véritablement en 1947, après la guerre, lorsque Enzo Ferrari peut enfin réutiliser son nom de famille sur ses propres voitures. La première à le porter fut la Ferrari 125 S, un petit spider animé par un V12 de 1500 cm³. Elle remporta sa première victoire en mai 1947, au Grand Prix de Rome disputé sur le circuit des Thermes de Caracalla.

La vente de voitures Ferrari de série
Avec l’inauguration de la Formule 1 en 1950, Ferrari devint une force incontournable en sport automobile. Pour financer son écurie, Enzo choisit de vendre des modèles au public. La 166 Inter, présentée en 1948 puis commercialisée à partir de 1949, est généralement considérée comme l’une des premières Ferrari réellement destinées à un usage routier et à une clientèle privée. Ce coupé inaugura la lignée des Ferrari de route telle qu’on la connaît aujourd’hui.
Luigi Chinetti joua un rôle décisif dans l’implantation de Ferrari aux États-Unis. Pilote, vainqueur des 24 Heures du Mans 1949 au volant d’une 166 MM, première victoire de la marque dans l’épreuve, et proche d’Enzo Ferrari, il devint l’un des principaux relais de la marque outre-Atlantique. Le marché américain se transforma rapidement en débouché essentiel pour Maranello, et le reste encore.
La Scuderia Ferrari réapparut au cours des années 1950, avec l’objectif de marquer la différence entre les voitures courant pour l’usine et celles engagées par des amateurs.
Les années 1960 : une période de transition pour Ferrari
En 1956, Enzo Ferrari fut frappé par la mort de son fils. Alfredo, surnommé Dino, souffrait d’une maladie génétique, la dystrophie musculaire, qui l’emporta à l’âge de 24 ans. Après cette disparition, Enzo voulut concevoir une voiture différente de toutes les autres Ferrari pour honorer sa mémoire. Pendant la première décennie des modèles issus de l’usine de Maranello, le format était resté constant : un V12 placé à l’avant, deux places et une carrosserie soignée.
La gamme Dino, commercialisée à l’origine sous une marque distincte de Ferrari, ne suivait pas ce principe. Les Dino 206 GT et 246 GT adoptaient un V6 en position centrale arrière, une architecture très différente des Ferrari traditionnelles à V12 avant. Ce choix renvoyait aux moteurs de course qu’Alfredo Ferrari avait contribué à développer. Au-delà de l’hommage, ces voitures avaient aussi pour but de rivaliser avec la Porsche 911, à un prix plus accessible que les Ferrari les plus puissantes.

Au début des années 1960, Ferrari traversa aussi une crise interne majeure. Plusieurs cadres et ingénieurs quittèrent l’entreprise, dont Carlo Chiti et Giotto Bizzarrini, qui participèrent ensuite à la création d’ATS (Automobili Turismo e Sport), marque ambitieuse destinée à concurrencer Ferrari sur route comme en compétition.
À la fin des années 1960, Enzo Ferrari fit face à un problème de financement. Avec moins de 1000 modèles vendus par an, la marque ne dégageait plus assez de bénéfices pour développer de nouvelles voitures et faire vivre la Scuderia. En 1969, Enzo chercha donc un investisseur. Le groupe Fiat se présenta et acquit 50 % de la marque.
Les années 1960 : une décennie de modèles Ferrari légendaires
Malgré ces difficultés, ce sont les modèles de cette époque qui sont aujourd’hui vus comme les grandes réussites de la marque. Dans le monde des voitures de collection, ce sont les Ferrari 250 qui atteignent toujours les prix les plus élevés. Leur histoire, marquée par un V12 Colombo de 3 litres, reste à part.
La série des 250 se divise en deux familles, les modèles de course et les GT destinées à la route. On y trouve de véritables légendes, comme la 250 LM, vainqueur des 24 Heures du Mans en 1965, et la 250 GTE, première GT 2+2 à porter l’emblème du cheval cabré.

Aucun de ces modèles ne rivalise avec la Ferrari 250 GTO, souvent décrite comme la voiture de sport la plus illustre de tous les temps. Comme son nom l’indique, Gran Turismo Omologato, sa mise en vente visait à l’homologuer dans la catégorie GT du Groupe 3. Seuls 36 exemplaires de 250 GTO furent produits entre 1962 et 1964, auxquels certains historiens ajoutent quelques variantes apparentées.
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L’expansion de Ferrari à partir de 1970

Au début des années 1970, Fiat venait d’investir dans Ferrari pour aider la marque à se développer et à séduire une clientèle plus large. Présentée en 1971 et produite à partir de 1973, la 365 GT4 BB marqua un tournant : Ferrari installait pour la première fois un 12 cylindres en position centrale arrière sur une voiture de route de grande série. Il s’agissait d’un 12 cylindres à plat, souvent appelé « Boxer », même si son architecture relève plutôt du V12 ouvert à 180° que du boxer pur. Ce modèle inspira une longue lignée tout au long des années 1970, de la 512 BB jusqu’à la Testarossa.
Ferrari devient un constructeur d’hypercars
Pendant les années 1980, le monde automobile bascule dans la surenchère. Les carrosseries deviennent plus excessives, les moteurs toujours plus puissants. Ferrari suivit ce mouvement avec un nouveau concept, l’hypercar. Le terme reste difficile à définir précisément, mais on reconnaît souvent la Ferrari 288 GTO comme la première du genre.

Lancée en 1984, elle reprenait l’allure de la 308 GTB mais visait l’homologation de sa version de compétition en Groupe B. Son V8 biturbo de 2,9 litres développait environ 400 chevaux et lui permettait d’abattre le 0 à 100 km/h en environ 5 secondes. Une version encore plus radicale, la 288 GTO Evoluzione, fut également développée, dotée d’appendices aérodynamiques conçus pour la piste.
Après 272 exemplaires produits en quatre ans, Ferrari retira la 288 GTO de sa gamme pour la remplacer par une hypercar qui marqua durablement l’industrie. La F40, dévoilée en 1987, prolongeait l’esprit radical de la 288 GTO Evoluzione, mais dans une voiture de route pensée comme vitrine technologique et comme dernier grand projet validé par Enzo Ferrari. Le travail se concentra cette fois sur la légèreté.
Sur plusieurs aspects, la F40 reste proche de la 288. Les deux reposent sur un V8 biturbo et partagent des géométries de suspension comparables. Mais avec une construction en aluminium et fibre de carbone très allégée et 70 chevaux de plus que la GTO, la F40 devint une voiture extrême pour la route.

La mort d’Enzo Ferrari et la prise de contrôle par Fiat
Enzo Ferrari meurt le 14 août 1988, à l’âge de 90 ans. Après sa disparition, Fiat porte sa participation à 90 % du capital, tandis que Piero Ferrari, fils d’Enzo, conserve les 10 % restants et demeure une figure importante de la marque. La maison au cheval cabré entre alors dans une nouvelle ère, sans l’homme qui en avait porté chaque décision pendant un demi-siècle.
Questions fréquentes sur l’histoire de Ferrari
Quand la marque Ferrari a-t-elle été créée ?
Il faut distinguer deux dates. La Scuderia Ferrari, écurie de course, est fondée en 1929. La marque automobile Ferrari, elle, commence en 1947 avec la 125 S, première voiture à porter ce nom.
Quelle est la première voiture Ferrari ?
La Ferrari 125 S de 1947, un petit spider animé par un V12 de 1,5 litre, qui remporte sa première victoire au Grand Prix de Rome en mai 1947. Le tout premier véhicule construit par Enzo Ferrari reste cependant la Auto Avio Costruzioni Tipo 815 de 1940, antérieure à l’usage du nom Ferrari.
La Dino est-elle une Ferrari ?
À l’origine, non. Les Dino 206 GT et 246 GT étaient vendues sous la marque Dino, sans badge Ferrari, en hommage à Alfredo « Dino » Ferrari. Les collectionneurs les considèrent aujourd’hui comme des Ferrari, mais ce n’était pas le positionnement d’usine au lancement.
Pourquoi la 250 GTO atteint-elle des prix aussi élevés ?
La conjonction d’une rareté extrême (36 exemplaires entre 1962 et 1964), d’un palmarès en compétition et d’un statut d’icône de l’âge d’or Ferrari. C’est l’une des voitures les plus chères au monde, aux enchères comme en transactions privées.
Quand Fiat a-t-il pris le contrôle de Ferrari ?
Fiat entre au capital en 1969 en acquérant 50 % de l’entreprise. Après la mort d’Enzo Ferrari en 1988, Fiat porte sa participation à 90 %, Piero Ferrari conservant les 10 % restants.
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